Ils étaient 10 à sinviter dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Les dessinateurs et auteurs de BD ont réinterprété des oeuvres dart, à coups de fusain, peinture, POSCA ou feutre noir. Une idée originale qui valait le détour. Une occasion rêvée pour tirer le portrait de Geoffroy Monde, Barbara Yelin, Oriol, Nicols Kéramidas et de Chloé Cruchaudet. 

  

Chloé Cruchaudet réinterprète La lecture de Henri Fantin-Latour, 1877

Cette discussion entre deux personnages l’a tout de suite inspirée. « Il y a une atmosphère, les deux femmes ne se parlent pas, mais on peut tout de suite imaginer plein de choses. » Parce qu’«Il ne suffit pas de savoir dessiner, il est primordial de savoir raconter des histoires.» Et c’est ce qu’elle fait. La plupart du temps, ce sont des histoires inspirées de la réalité. Une sorte de documentaire, aidé par un travail de recherche historique conséquent. Même si elle travaille en studio d’animation (elle a notamment travaillé sur le long-métrage d’Ernest et Célestine), l’étudiante d’Émile Colh a mis près de 10 ans avant de voir ses BD éditées. Combat gagné, parce qu’aujourd’hui elle arrive à en vivre ! 

 

Nicolas Kéramidas devant L'Assomption de la Vierge de Guido Reni, 1637

« En regardant les oeuvres, jai tout de suite vu mon personnage ». Nicolas Kérimidas, dessine Luuna, une petite fille àla vie remplie daventures. Même sil a reçu le Prix Jeunesse Lyon BD Festival pour son album « Alice au pays des merveilles », il ne se cloisonne pas àla BD de jeunesse mais toujours avec la même signature : la fantaisie. Après avoir étudiéàl’école des Gobelins àParis, il a travaillé10 ans pour les studios Disney. Mais un jour, il sest rappeléque c’était la BD qui le faisait vibrer. Il a alors sorti son premier album. Même si ce nest pas le cas de tout le monde, Nicolas na pas eu trop de mal àtrouver un éditeur. « C’était la bonne conjoncture ! »conclut-il. 

Barbara Yelin devant Tête d'homme, Egypte, vers 1400-1330 av J.-C.

Linterprétation que Barbara Yelin a faite de Tête dhomme, petites statuettes de l’Égypte antique est bluffante. « Doùvenons-nous »et « oùallons-nous ? ». Dune voix très légère, très douce, elle raconte quelle trouve linspiration en esquissant sur une feuille blanche les prémisses de ses albums. Même si elle a fait quelques illustrations pour enfants, ses dessins sont surtout destinés aux adultes. « Le secret accompagne limagination »dit-elle, mais ce qui est sûr, cest que lart de la narration dessinée nen a plus pour elle. 

Geoffroy Monde devant Amabilis, sculpteur romain d'Henri Bouchard, 1925

Le Lyon BD Festival annonce son retour au bercail. Le Lyonnais qui a passé 10 ans à St-Etienne revient dans sa ville natale. Après avoir étudié à la fac dart plastique et expérimenté tous les genres de moyens dexpression, son coeur a flanché : retour à la BD. Musique, écriture, tout se mêle dans son univers absurde. Ça fait seulement 2 ans quil arrive à en vivre et le Lyon BD Festival est une occasion parfaite pour présenter son dernier album édité chez Vide Cocagne. Personne ne sait si ce sont ses chaussettes bananes qui ont fait penché son coeur pour Amabilis du sculpteur Henri Bouchard, mais en tout cas, cet homme majestueux avec ces deux têtes quil porte dans ses mains, sest fait tirer le portrait. 

Oriol devant Bethsabée au bain de Véronèse, vers 1575

On ne peut pas louper Oriol. Le catalan au cheveu brun et aux tatouages colorés est à lui seul un personnage. Même sil préfère limpressionnisme à lart italien, cest Bethsabée au bain de Véronèse qu'il a choisi. Dès quil la regardé, il « a tout se suite vue les personnages ». Le dessinateur qui fait parti du projet WebTrip, le beau projet culinarodessiné, qui met en abîme lart culinaire de Barcelone et de Lyon, fait graviter ses dessins par un univers narratif ampli de souvenirs, dinstants qui changent une vie. Il commence dailleurs ses planches par une belle citation de Marcel Proust, à la recherche du temps perdu. 

Article et photographies : Marie Jérôme

Illustrations : Corto Rudant