Blog Lyon BD

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mercredi, juin 17 2015

Le Bouchon Déchaîné : Les auteurs croquent le Musée des Beaux-Arts

Ils étaient 10 à sinviter dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Les dessinateurs et auteurs de BD ont réinterprété des oeuvres dart, à coups de fusain, peinture, POSCA ou feutre noir. Une idée originale qui valait le détour. Une occasion rêvée pour tirer le portrait de Geoffroy Monde, Barbara Yelin, Oriol, Nicols Kéramidas et de Chloé Cruchaudet. 

  

Chloé Cruchaudet réinterprète La lecture de Henri Fantin-Latour, 1877

Cette discussion entre deux personnages l’a tout de suite inspirée. « Il y a une atmosphère, les deux femmes ne se parlent pas, mais on peut tout de suite imaginer plein de choses. » Parce qu’«Il ne suffit pas de savoir dessiner, il est primordial de savoir raconter des histoires.» Et c’est ce qu’elle fait. La plupart du temps, ce sont des histoires inspirées de la réalité. Une sorte de documentaire, aidé par un travail de recherche historique conséquent. Même si elle travaille en studio d’animation (elle a notamment travaillé sur le long-métrage d’Ernest et Célestine), l’étudiante d’Émile Colh a mis près de 10 ans avant de voir ses BD éditées. Combat gagné, parce qu’aujourd’hui elle arrive à en vivre ! 

 

Nicolas Kéramidas devant L'Assomption de la Vierge de Guido Reni, 1637

« En regardant les oeuvres, jai tout de suite vu mon personnage ». Nicolas Kérimidas, dessine Luuna, une petite fille àla vie remplie daventures. Même sil a reçu le Prix Jeunesse Lyon BD Festival pour son album « Alice au pays des merveilles », il ne se cloisonne pas àla BD de jeunesse mais toujours avec la même signature : la fantaisie. Après avoir étudiéàl’école des Gobelins àParis, il a travaillé10 ans pour les studios Disney. Mais un jour, il sest rappeléque c’était la BD qui le faisait vibrer. Il a alors sorti son premier album. Même si ce nest pas le cas de tout le monde, Nicolas na pas eu trop de mal àtrouver un éditeur. « C’était la bonne conjoncture ! »conclut-il. 

Barbara Yelin devant Tête d'homme, Egypte, vers 1400-1330 av J.-C.

Linterprétation que Barbara Yelin a faite de Tête dhomme, petites statuettes de l’Égypte antique est bluffante. « Doùvenons-nous »et « oùallons-nous ? ». Dune voix très légère, très douce, elle raconte quelle trouve linspiration en esquissant sur une feuille blanche les prémisses de ses albums. Même si elle a fait quelques illustrations pour enfants, ses dessins sont surtout destinés aux adultes. « Le secret accompagne limagination »dit-elle, mais ce qui est sûr, cest que lart de la narration dessinée nen a plus pour elle. 

Geoffroy Monde devant Amabilis, sculpteur romain d'Henri Bouchard, 1925

Le Lyon BD Festival annonce son retour au bercail. Le Lyonnais qui a passé 10 ans à St-Etienne revient dans sa ville natale. Après avoir étudié à la fac dart plastique et expérimenté tous les genres de moyens dexpression, son coeur a flanché : retour à la BD. Musique, écriture, tout se mêle dans son univers absurde. Ça fait seulement 2 ans quil arrive à en vivre et le Lyon BD Festival est une occasion parfaite pour présenter son dernier album édité chez Vide Cocagne. Personne ne sait si ce sont ses chaussettes bananes qui ont fait penché son coeur pour Amabilis du sculpteur Henri Bouchard, mais en tout cas, cet homme majestueux avec ces deux têtes quil porte dans ses mains, sest fait tirer le portrait. 

Oriol devant Bethsabée au bain de Véronèse, vers 1575

On ne peut pas louper Oriol. Le catalan au cheveu brun et aux tatouages colorés est à lui seul un personnage. Même sil préfère limpressionnisme à lart italien, cest Bethsabée au bain de Véronèse qu'il a choisi. Dès quil la regardé, il « a tout se suite vue les personnages ». Le dessinateur qui fait parti du projet WebTrip, le beau projet culinarodessiné, qui met en abîme lart culinaire de Barcelone et de Lyon, fait graviter ses dessins par un univers narratif ampli de souvenirs, dinstants qui changent une vie. Il commence dailleurs ses planches par une belle citation de Marcel Proust, à la recherche du temps perdu. 

Article et photographies : Marie Jérôme

Illustrations : Corto Rudant 

mardi, juin 16 2015

Le Bouchon Déchaîné : Rencontre avec Régis Loisel

 

Illustrations réalisées par Corto Rudant

Régis Loisel était l’un des dessinateurs les plus attendus lors du Lyon BD Festival. Créateur, entre autres, de « La Quête de l’oiseau du temps » ou de la BD « Peter Pan », l’auteur et scénariste star du 9e Art*, a accepté de répondre à nos questions après avoir tenu une conférence sur « Magasin Général » en compagnie de son ami et collègue Jean-Louis Tripp. La série de 9 tomes, coréalisée par les deux comparses, narre la vie de tous les jours de Notre-Dame-du-Lac, un petit village québécois imaginaire, dans les années 1920. Edité par Casterman, « Magasin Général » est un véritable succès, également considéré comme un roman graphique fictif très bien documenté. La série s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires et a été nominée dans les trois plus grandes catégories du festival d’Angoulême 2015 (meilleur album, meilleure série, prix du jury).

Régis Loisel, comment avez-vous atterri au Lyon BD Festival et qu’êtes-vous venu y faire ?

Nous avons fait une tournée de dédicace avec Jean-Louis Tripp pour la sortie du 9e et dernier tome de Magasin Général. Pendant un mois et demi, nous avons parcouru la France. Nous sommes évidemment passés sur Lyon et une personne que nous avons rencontré nous a parlé du festival, ça nous a mis la puce à l’oreille. On a donc repris contact pour revenir participer à ce festival. Avec Jean-Louis Tripp, on a présenté le projet « Magasin Général », son mode de création et une de ses spécificités : le fait de l’avoir réalisé à quatre mains.

Comment en êtes-vous arrivé à réaliser un projet à quatre mains avec Jean-Louis Tripp ?

On travaillait tous les deux dans mon atelier à Montréal. Je finissais Peter Pan et lui Paroles d’Anges. Il m’entendait râler sur la finition tandis que lui râlait sur la mise en place de ses planches. Il m’a donc proposé qu’on travaille ensemble avec chacun nos points forts. Comme il est dans un univers différent du mien, il fallait trouver un projet commun.

Et ce projet commun, comment est-il né ? 

Un jour nous parlions du cinéaste Franck Capra avec Jean-Louis Tripp. Or, j’avais déjà imaginé un scénario « à la Capra », dans un petit village français à l’ancienne, en autarcie, avec ses commerces de proximité, son église, sa mine de charbon, sa vie en communauté et tout ce genre de petits ingrédients. J’avais même expliqué mon projet à un éditeur qui s’était montré intéressé. Mais entre ce que dit un éditeur, qui sur le coup va être emballé, et le temps que cela peut prendre pour se mettre en place, on a le temps de voir le temps filer ! Bref j’avais fini par mettre cette histoire de côté et c’est à l’occasion de cette discussion que ça m’est revenu. Jean-Louis s’est montré intéressé et m’a proposé de reprendre l’idée mais de placer l’histoire au Québec vu qu’on s’y était installé tous les deux. On a commencé à élaborer le scénario et c’était parti.

Comment vous êtes-vous répartis les tâches sur ce projet, du point de vue créatif ?

Tout au long de la série, je me suis chargé de la partie mise en scène de « Magasin Général », j’ai également réalisé les planches d’origine. Ensuite, je passais mon travail à Jean-Louis Tripp sous un format réduit à 80% qui correspondait plus au format de planche sur lequel il avait l’habitude de travailler. Il décalquait alors les dessins tout en retravaillant le style à sa manière. Notre travail s’est voulu complémentaire et a permis la production de « Magasin Général ».

Que l’histoire se passe au Québec, ça a vraiment changé la dimension de « Magasin Général » ?

Ah oui, ça a changé la donne ! Au Québec, en hiver, il fait tellement froid que les gens ne peuvent rien faire, surtout dans les années 1920, l’époque à laquelle se déroule cette histoire. Du coup, chaque hiver, les hommes partaient couper du bois, faire du travail de bûcheron en forêt pendant quelques mois. Ça leur permettait de se faire de l’argent et lorsqu’il revenait, il pouvait payer leurs dettes et s’acheter toutes sortes de choses au Magasin Général, un commerce typiquement Québécois. Et ça recommençait comme ça tous les ans. Après au-delà de la fable qu’on a créée et qui n’aurait pas pu exister, on s’est beaucoup renseigné sur les conditions de vie de l’époque et on a bien documenté le tout. Le contexte est vrai. Par exemple, le fait qu’il n’y avait pas d’électricité à l’époque et qu’ils devaient donc s’éclairer à la torche ou à la bougie. Cela nous a permis de mettre la communauté de Notre-Dame-du-Lac en retrait de la société, sachant qu’il n’y avait pas encore la radio ni la télévision dans ces petits villages isolés.

Pensiez-vous que cette série connaitrait un tel succès ?

Non, pas vraiment, ça a été une bonne surprise. Il n’y a pas un scénario comme l’entend dans la plupart des BD, pas d’intrigue de fou, mais pleins de petites histoires qui se complètent, s’assemblent. Finalement, ce qui a fait son succès, c’est le tout. Le fait que ce soit l’histoire d’un petit village, avec des personnages hauts en couleur, une problématique moderne. On a créé de l’amour autour de ces personnages, de l’empathie aussi. « Magasin Général », c’est un Ovni dans la BD mais ça fonctionne.

Pour finir, maintenant que « Magasin Général » est terminé, avez-vous un projet en cours et si oui pouvez-vous nous détailler vos « secrets » de fabrication ?

Je suis en train de faire « Mickey ». Ce n’est pas anodin pour moi car je suis venu à la BD en lisant « Le journal de Mickey ». Quand j’étais gamin, je ne lisais rien d’autre pour tout vous dire. Là, c’est une BD hommage, à l’ancienne, en grand format (il mime une BD ouverte en écartant largement les bras et précise qu’il travaille en format raisin, soit 50x65cm par page). Comme je suis fan des « Mickey » des années 30, j’ai remis les mêmes personnages qu’à l’époque. J’ai juste rajouté Dingo, que j’ai zombifié, et Donald, mais ils ne font que des courtes apparitions. La BD sortira chez Glénat, avec 2 strips par page, ce sera donc une BD très visuelle. Pour la date de parution, je ne sais pas. Le but c’est de me faire plaisir et d’être satisfait à la fin. Pour le style, je travaille dessus avec des encres PBO et mon secret c’est de rajouter une toute petite pointe de gouache blanche pour donner de la texture.  J’essaye aussi de prévoir assez de quantité de mélange de couleurs dans les alvéoles pour ne pas avoir à les refaire durant la BD, ce qui peut changer les couleurs, et lorsque cela est trop sec, j’humidifie le tout et c’est reparti !

*Régis Loisel a remporté le Grand Prix du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, dont il a été le président en 2003.

Article réalisé par Benoit Drevet

dimanche, juin 14 2015

Le Bouchon Déchaîné : les lieux du Festival

Le Palais du Commerce par Léna Labonté
Les salons de l'Hôtel de Ville par Corto Rudant 

Le Bouchon Déchaîné : Rencontre avec Emmanuel Lepage

Olivier Jouvray anime la rencontre avec Emmanuel Lepage

Jeu de Questions-Réponses mené par Olivier Jouvray avec le dessinateur Emmanuel Lepage. Une ambiance bon enfant règne dans la salle Tony Garnier au Palais du Commerce.

« L'atelier d'Emmanuel Lepage » est en réalité une petite interview destinée au public où le renommé Olivier Jouvray, scénariste de BD, cherche à en savoir un peu plus sur son aîné Emmanuel Lepage, dessinateur reconnu dans l'univers du dessin.

Salle comble et public fasciné, la rencontre avec Emmanuel est rythmée par un discours humoristique. La discussion est variée : retour sur les débuts de dessinateur, ses influences artistiques mais aussi de petites anecdotes sympathiques sur le parcours professionnel de l'artiste. « J'étais très chiant à l'époque où j'ai rencontré Jean-Claude Fournier, symbole de la BD en France. J'étais très curieux et je n'arrêtais pas de demander pourquoi tout le temps » rigole Emmanuel Lepage. À l'appui pour délier la langue de l'artiste, des planches qui montrent la variété du travail d'Emmanuel mais aussi ses influences. « Mon affiliation avec le travail de J-C Joubert est évidente pour moi, aujourd'hui je continue de l'admirer ».Mais c'est l'occasion pour l'auteur de donner des conseils pour les futurs bédéistes qui voudraient se lancer dans l'aventure.

« Il ne pas avoir peur de ses influences, on se nourrit de ces inspirations. Copier, oui mais il faut être curieux et comprendre les codes que l'on pique à ces auteurs qui nous inspirent ».

Article rédigé par Coline Repolt

Le Bouchon Déchaîné : Ateliers J'apprends la BD avec Thierry Mery

Illustration réalisée par Corto Rudant 

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