Comme au Club Bling Bling nous comptons tous les talents, nous avons demandé à un auteur émérite, ne ressortissant pas de l'art Casabullesque (ne faisant pas de bd) de nous donner son favori.
Il s'agit d'un Odieux Connard, sorte de Père Fourras sous acide de la critique culturelle, qui sait dépiauter un blockbuster en moins de deux pour la plus grande joie du lecteur. Enfin, quand on dit en moins de deux... C'est en moins de deux heures, tant le lyrisme le pousse parfois à des excès textuels que notre Président serait bien mal avisé de critiquer (vu que lui même est parfois un peu long).
Et le favori de l'Odieux Connard est...
BOULET
Il sera mon favori, mon champion, mon héros ;
foulerait il la terre battue d'un champ de joute que je n'hésiterais pas
une seconde à laisser voler à lui mon mouchoir pour lui signifier ma
préférence. Hélas, l'homme fréquente plutôt le bitume parisien, et mes
mouchoirs sont trop souillés pour être acceptables selon les codes de la
chevalerie. Permettez moi de laisser de côté ces menus détails et de
développer sur ce choix qui étonne la plèbe, tant il aurait été plus
logique aux dires de la roture de me voir soutenir une dessinatrice aux
charmes encore vaillants plutôt qu'un bourguignon roux et vieillissant.
Choisir un bourguignon, c'est tendre une main de paix vers ce peuple
qui tenta pourtant lâchement de vendre la France aux anglais en 1420.
Choisir un bourguignon, c'est choisir de s'engager pour un monde plus
tolérant, plus ouvert, plus accueillant, où les rancunes n'ont plus leur
place. Un monde où chacun ferait fi des origines régionales d'autrui,
où l'on ne raccompagnerait plus personne en charter à Dijon non sans
l'avoir enduit au préalable de moutarde. Un monde construit sur le
respect de chacun, où nous contemplerions avec bonheur la mosaïque de
nos différences qui ne serait pas sans nous rappeler les toits en tuiles
vernissées de la cathédrale Saint-Bénigne. Choisir un bourguignon,
c'est participer à la construction de cette utopie ; c'est ajouter une
pierre à l'édifice de notre bonheur collectif.
Choisir un roux, c'est se souvenir que cela n'est pas une fatalité ;
la France a toujours accepté ces êtres, malgré la propagande mondiale
visant à les discréditer (souvenez-vous de Corky un enfant pas comme
les autres), tant et si bien que notre pays les a même défendus aux
heures les plus sombres. De 1870 à 1945, il n'y eut pas moins de
trois guerres sur le territoire Alsacien afin de défendre le secret du
Munster, le célèbre fromage rouquemoute à partir duquel Dieu aurait créé
le premier homme à la chevelure de feu. Choisir un roux,
c'est se souvenir de ces hommes qui ont connu le froid, la peur, les
tranchées et les flammes, mais qui jamais ne se sont résignés à laisser
l'ennemi s'emparer de cette recette savoureuse symbolique de la fierté
du peuple rouquin.
Choisir un homme vieillissant (ndloc : comprendre "qui a connu
Giscard président"), c'est prendre en main la question des
retraites, la dépassionner et la sortir des enjeux partisans pour n'en
garder que la substantifique moelle : nos vieux peuvent ils encore
servir le pays malgré un accroissement constant tant de leur âge que de
leur nombre ? Ou bien, aux premiers signes de fuite urinaire, faut-il
les confier à un institut spécialisé comme la maison de retraite des
lilas ou le palais du Luxembourg ? Choisir un vieux, c'est faire le
choix du lien générationnel, de l'union face à l'adversité, de la main
douce et ferme serrant la pogne fripée de nos vénérables ancêtres.
Alors, oui, je choisis sans hésiter Boulet. Il est, comme le disait
Julien Clerc, ma préférence à moi.
P.S : évidemment, tout cela
n'a rien à voir avec le fait que Boulet soit doté d'un esprit
particulièrement percutant avec lequel il va faire choir tous ses
concurrents, sans compter son habileté à manier tant le crayon que le
pinceau qui font rougir les dames et pleurer les damoiseaux. Bref, c'est
un peu le Schumacher de la compétition, aussi est-ce le choix de la
raison."
Merci Herr Odieux Connard.